• Qu'est-ce que l'hypnose ?
    Qu’est-ce que l’hypnose ?

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    par Antoine Bioy, Docteur en psychologie, Responsable scientifique de l’IFH
    L’état hypnotique
    Chacun a pu faire l’expérience d’un roman dont la lecture consciencieuse permet de nous évader, ou celle d’une suspension hors du temps à force de contempler le mouvement des vagues, etc. En bref, chacun a pu faire l’expérience d’un état de conscience modifiée (différent donc de l’état de veille habituelle). L’état hypnotique est précisément ce moment de conscience où les choses sont perçues autrement. Depuis la seconde moitié des années 90, cet état a été identifié et caractérisé en imagerie cérébrale (IRM fonctionnelle et PET-Scan), attestant ainsi de son existence réelle. Scientifiquement, on peut maintenant affirmer que l’état hypnotique est une réalité.
    Se mettre en état d’hypnose, ou faire de l’hypnose avec un praticien, c’est reproduire intentionnellement cet état de conscience avec un objectif qui varie selon le cadre dont il est question (détente, soin, évolution personnelle…).
    L’état hypnotique étant la reproduction d’un état naturel et spontané, tout le monde peut y avoir accès, mais pas forcément de la même façon. Si la plupart des individus répondent bien à des suggestions verbales directes, d’autres auront besoin d’une approche indirecte pour provoquer l’état de conscience modifiée recherchée.
    Par contre, l’apprentissage de la méthode et sa répétition régulière permet à chacun de pouvoir entrer avec de plus en plus d’aisance et de rapidité en hypnose : comme pour un sport, plus on s’exerce et plus on progresse !
    Les applications de l’hypnose
    Dans le champ de la santé, ses applications sont essentiellement la médecine de la douleur et la gestion des troubles anxieux (du stress à la phobie, en passant par les troubles de l’affirmation de soi ou encore les états de panique). On utilise également l’hypnose à visée de changement de comportements de dépendance, comme le tabagisme ou les troubles de l’alimentation. Mais d’autres applications sont possibles à la fois dans le champ du somatique (dermatologie, gastroentérologie…) et dans celui de la psychopathologie (troubles de la personnalité, troubles de l’humeur…).
    Une méthode complémentaire pour les professionnels de la santé
    La pratique de l’hypnose vient en complément des méthodes développées par le praticien dans sa culture professionnelle d’origine (médecin, infirmier, psychologue…).
    L’hypnose et l’hypnothérapie ne sont pas des disciplines en soi, mais des méthodes complétant les approches propres à une profession médicale, paramédicale ou psychologique données. Ce qui explique que pour résoudre un problème de santé, il est important de consulter avant tout un professionnel de santé qui choisira les méthodes les plus appropriés (dont l’hypnose fait partie) pour aider à résoudre la difficulté présentée par le patient.
    La façon dont l’hypnose agit est maintenant connue : elle permet, par un jeu attentionnel impliquant l’imaginaire des patients, de revisiter la réalité et la façon dont le patient la perçoit. Ceci a pour effet de diminuer l’importance des symptômes d’un certain nombre de pathologies, et de développer chez l’individu des comportements inédits, lui permettant de mettre à distance le motif d’une souffrance, voire dans certains cas, de la résoudre. L’hypnose  permet à une personne de prendre soin de soi  et de développer pour se faire des dispositions internes et comportementales nouvelles.
  • Addictions et Hypnose
    Une étude américaine (2007) visant à comparer l’efficacité des différentes méthodes d’aide à l’arrêt du tabac a montré l’intérêt de l’hypnose dans une stratégie de sevrage tabagique. Les participants fumeurs ont été répartis en quatre groupes. Le premier groupe avait choisi des séances d’hypnose ; le second, l’hypnose et des substituts nicotiniques ; le troisième, des substituts nicotiniques uniquement. Quant au dernier groupe, il n’avait accepté aucune des deux méthodes.
    Six mois après la fin du traitement, 50 % des patients des groupes "hypnose" et "hypnose/substituts" étaient toujours abstinents, contre seulement 25 % des fumeurs traités uniquement par substituts nicotiniques. Et moins de 16 % parmi le dernier groupe.
    L’hypnose pour arrêter de fumer porte encore à controverse
    « L'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère qu'il n'y a actuellement pas assez de preuves tangibles qui pourraient soutenir l'hypothèse selon laquelle l'hypnose est une thérapie efficace contre la dépendance au tabac », signale Timothy O'Leary, chargé de communication à l’OMS. L’OMS recommande d'ailleurs aux personnes qui souhaitent arrêter de fumer d’utiliser des thérapies reconnues de remplacement de la nicotine (TRN) ou de recourir à certaines approches de soutien, par exemple l'accompagnement téléphonique d'aide à l'arrêt du tabac.
    Une prudence que ne goûte guère le médecin hypnothérapeute Jean-Marc Benhaiem : « Jusqu’à présent, les tabacologues affirmaient que l’hypnose n’était pas validée par des études contrôlées sur le sevrage tabagique, alors que cette méthode est reconnue pour d’autres indications comme les céphalées, les lombalgies, les douleurs postopératoires, l’anxiété, les soins palliatifs... Le puissant lobbying des laboratoires proposant timbres, patchs, gommes, etc., ne pouvait encourager la recherche d’une méthode non pharmacologique. »
    L’hypnose antitabac, ça fonctionne comment ?
    Plusieurs techniques d'hypnose peuvent être utilisées pour inciter à l'arrêt du tabac.
    • La suggestion directe : le thérapeute suggère au patient de changer son comportement vis-à-vis du trouble qui l’a amené à consulter.
    • L'évolution en âge : « Le praticien propose le souvenir d’un passé sans problèmes », indique Aurora Crisan, hypnothérapeuthe à Paris.
    • La progression dans le futur : le patient se projette dans un avenir sans troubles.
    • L’hypnose éricksonienne : à l'aide de métaphores, de suggestions indirectes et d'ordres cachés, le thérapeute crée et utilise des états de transe.
    Parfois associée à une thérapie comportementale ou à la PNL
    « L'hypnose est souvent associée à d'autres méthodes thérapeutiques dont la thérapie comportementale et cognitive », précise Aurora Crisan. La programmation neurolinguistique (PNL) est également utilisée comme outil supplémentaire : la technique des ancrages (associations, images mentales) contribue notamment à "installer" la personne dans des situations positives.
    « Tous les fumeurs peuvent bénéficier de ce traitement. L’ancienneté ou le nombre de cigarettes n’entrent pas en jeu. C’est la décision du patient qui importe », souligne le médecin hypnothérapeute Jean-Marc Benhaiem.
    « Souvent, l’hypnose et la psychothérapie sont regroupées en une seule séance. Et de manière générale, toute première séance d’hypnose commence par un long entretien avec le patient (40 à 45 minutes) afin de déterminer les objectifs, explique Aurora Crisan, hypnothérapeuthe à Paris. Au niveau de la stratégie, il n’y a pas de scripts ou de protocoles préétablis. La thérapie est réalisée selon la personnalité de chacun.
    Cela va de l’adaptation de la posture, au vocabulaire particulier, aux mimiques… » Une thérapie peut durer de quinze jours à quatre semaines.

    Source :
    Santé Magazine
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